Friday, August 7, 2015

Français -- Paul Craig Roberts -- Une Recette pour la Paix et la Prospérité

Une Recette pour la Paix et la Prospérité
Par Paul Craig Roberts, le 5 août 2015





On pose souvent la question : « Que pouvons-nous faire ? » Voici une recette pour la paix et la prospérité.

Nous allons commencer par la prospérité, parce que la prospérité peut contribuer à la paix.
Parfois les gouvernements se lancent dans des guerres afin de détourner le regard de perspectives économiques peu prometteuses, et la stabilité intérieure peut également dépendre de la prospérité.


La Voie de la Prospérité

Pour que les Etats-Unis retrouvent la voie de la prospérité, la classe moyenne doit être restaurée et l’échelle de l’ascension sociale remise en place. La classe moyenne contribuait à la stabilité politique en étant un tampon entre les riches et les pauvres. Les échelles de l’ascension sociale sont une soupape de sécurité qui permet à des gens déterminés de s’élever de la pauvreté vers la réussite. Des revenus en hausse dans toute la société alimentent la demande qui est le moteur de l’économie. C’est de cette manière que fonctionnait l’économie américaine dans la période de l’après-Deuxième Guerre Mondiale.

Pour rétablir la classe moyenne, les emplois délocalisés à l’étranger doivent être rapatriés, les monopoles doivent être brisés, les régulations rétablies, et la banque centrale doit être placée sous contrôle et rendre des comptes ou être abolie.


La délocalisation des emplois a enrichi les propriétaires et les dirigeants du capital au détriment de la classe moyenne. Des ouvriers de production et de l’industrie bien payés ont perdu leurs moyens de subsistance, tout comme les diplômés des universités formés pour des emplois de services marchands tels que l’industrie du logiciel ou les technologies de l’information. On ne trouve plus de salaires et de rémunérations comparables dans une économie où les emplois disponibles sont ceux d’employés du commerce de détail, d’aides-soignants dans les hôpitaux, de serveuses et de tenanciers de bars. La perte de revenus actuelle est encore accentuée par la perte de l’assurance-maladie et des retraites complémentaires privées qui s’ajoutaient autrefois à la retraite de la sécurité sociale. Par conséquent, la délocalisation des emplois a réduit à la fois les revenus actuels et les revenus futurs des consommateurs.



Les emplois de la classe moyenne peuvent être rapatriés en changeant la manière dont les sociétés sont imposées. Les bénéfices des sociétés pourraient être taxés sur la base de la valeur que les sociétés ajoutent à leurs produits vendus sur le marché intérieur américain ou à l’export. La production locale bénéficierait d’un taux réduit. La production délocalisée serait imposée à un taux supérieur. Le taux d’imposition pourrait être fixé de manière à compenser les coûts inférieurs de la production délocalisée.

Sous les coups répétés des économistes du marché libre, la loi antitrust Sherman est devenue lettre morte. Les économistes ultralibéraux prétendent que les marchés sont autorégulateurs et que la législation anti-monopole est inutile et ne sert qu’à protéger l’inefficacité. Un large éventail d’activités de petites entreprises ont été monopolisées par des franchises et des magasins de grandes enseignes. Les entreprises familiales de pièces détachées automobiles, de quincailleries, de restaurants, de vêtements pour hommes, d’habillement n’ont plus leur place. L’impact destructeur de Walmart sur les rues commerçantes est légendaire. Des sociétés de dimensions nationales ont jeté les entreprises locales à la poubelle.

Le monopole a plus qu’un effet économique. Lorsque six énormes sociétés ont le contrôle de 90 pourcent des médias américains, la presse indépendante et diversifiée n’existe plus. Pourtant, la démocratie elle-même repose sur le fait que les médias contribuent à tenir le gouvernement responsable de ses actes. Le but du Premier Amendement est de contrôler le gouvernement, mais aujourd’hui les médias ne servent plus que de ministère de la propagande au gouvernement.

Les Américains bénéficiaient de services meilleurs et moins chers lorsqu’ AT&T (American Telegraph & Telephone) était un monopole réglementé. Le libre-échange dans les communications a eu comme conséquence la création de nombreux monopoles locaux déréglementés assurant un service médiocre à des tarifs élevés. La stabilité d’AT&T avait fait du titre une « valeur sûre » idéale pour les fonds de « veuves et orphelins », de pension et de préservation de la fortune. Il n’existe plus d’actions sans risques de ce genre aujourd’hui.

Le monopole a bénéficié d’un grand élan grâce à la dérégulation financière. La prétention de l’ancien président de la Réserve Fédérale Alan Greenspan que les « marché se régulent eux-mêmes » et que la réglementation du gouvernement est nuisible a été réduite en pièces par la crise financière de 2007-2008. La déréglementation a non seulement permis aux banques d’abandonner toute prudence mais a également permis une telle concentration que l’Amérique a maintenant des « banques trop importantes pour faire faillite ». Une des vertus et des justifications du capitalisme est que les entreprises inefficaces font faillite et quittent la scène économique. Au lieu de cela, nous avons des banques qui doivent être maintenues à flot avec l’aide de l’argent public ou de la Réserve Fédérale. Il est évident qu’un des résultats de la déréglementation financière a été de protéger les grandes banques des risques du capitalisme. L’ironie que la libération des banques de la réglementation se soit traduite par la destruction du capitalisme semble avoir échappé aux économistes du marché libre.


Le coût du soutien de la Réserve Fédérale aux banques trop importantes pour faire faillite avec des taux d’intérêts réels nuls ou négatifs a été dévastateur pour les épargnants et les retraités. Les Américains n’ont plus touché d’intérêts sur leur épargne pendant sept ans. Pour joindre les deux bouts, ils ont dû consommer leurs économies. En outre, la politique de la Réserve Fédérale a artificiellement dopé les marchés d’actions avec les liquidités que la Réserve Fédérale a créées et a également provoqué une bulle similaire dans le marché des obligations. Les prix élevés des obligations sont incohérents avec la croissance de la dette et l’argent imprimé pour maintenir la dette à flot. La valeur du dollar lui-même dépend de l’assouplissement quantitatif au Japon et dans l’UE.

Afin de restaurer la stabilité financière, une condition préalable évidente pour la prospérité, les grandes banques doivent être démantelées et la distinction entre banque d’investissement et banque de détail rétablie.

Depuis le régime Clinton, la majorité des secrétaires au Trésor ont été des dirigeants de grandes banques en difficulté, et ils ont utilisé leur fonction publique au profit de leurs banques et non de l’économie américaine. De plus, les cadres des grandes banques occupent les sièges du Conseil d’administration de la Fed de New York, le principal organe exécutif de la Réserve Fédérale. Par conséquent, ce sont quelques grandes banques qui contrôlent la politique financière américaine. Cette conspiration doit être brisée et la Réserve Fédérale rendue responsable de ses actes ou abolie.

Ceci exige de séparer l’argent de la politique. La capacité de quelques puissants groupes d’intérêt privés à contrôler les résultats des élections par leurs contributions aux campagnes électorales est un anathème pour la démocratie. Il y a un an, la Cour Suprême Républicaine a jugé que les riches avaient un droit constitutionnel d’acheter le gouvernement par des contributions aux campagnes électorales au service de leurs intérêts égoïstes.

Ce sont les mêmes juges Républicains qui n’accordent aucun droit constitutionnel à l’habeas corpus et qui, donc, n’ont émis aucune objection à la détention indéfinie de citoyens américains. Ce sont les mêmes juges Républicains qui n’ont vu aucun inconvénient constitutionnel à l’autoaccusation et, de ce fait, ont toléré la torture. Ce sont les mêmes juges Républicains qui ont abandonné la voie légale et permis au gouvernement américain d’assassiner des citoyens américains.

Pour se débarrasser du contrôle que l’argent exerce sur la vie politique, il faudra probablement une révolution. A moins que la prospérité ne soit réservée uniquement aux Un Pourcent, l’assaut de la Cour Suprême contre la démocratie doit être surmonté.


La Voie vers la Paix est difficile

Retrouver la paix est encore plus difficile que de retrouver la prospérité. Comme la prospérité est une condition préalable à la paix, la paix exige des changements à la fois dans l’économie et dans la politique étrangère.

Retrouver la paix est un défi particulièrement difficile, non parce que les Américains sont menacés par des terroristes musulmans, des extrémistes de l’intérieur et par les Russes. Ces « menaces » ne sont que des canulars orchestrés au nom d’intérêts particuliers. « Des menaces pour la sécurité » sont synonymes de plus de profits et de plus de pouvoir pour le complexe militaro-sécuritaire.

La « guerre au terrorisme » forgée de toutes pièces se déroule depuis maintenant 14 ans et n’a réussi qu’à créer plus de « terreur » qui doit être combattue avec d’énormes dépenses en argent. Apparemment, les Républicains ont l’intention de rediriger l’argent servant à financer la Sécurité Sociale et l’Assistance-maladie vers le complexe militaro-sécuritaire.

La « promenade de santé » de trois semaines en Irak s’est transformée en une défaite de 14 ans, avec l’Etat Islamique radical contrôlant la moitié de l’Irak. La résistance islamique à la domination occidentale s’est étendue à l’Afrique et au Yémen, à l’Arabie Saoudite, à la Jordanie et aux émirats pétroliers qui sont des fruits mûrs prêts à être cueillis.

Ayant permis au génie de sortir de la bouteille au Moyen-Orient, Washington a entrepris d’entrer en conflit avec la Russie et par extension avec la Chine. C’est un gros morceau pour un gouvernement qui n’a pas été capable de vaincre les Talibans en Afghanistan au bout de 14 ans.

La Russie n’est pas un pays habitué à la défaite. En outre, la Russie dispose d’énormes forces nucléaires et d’un immense territoire pour absorber toute invasion des Etats-Unis/de l’OTAN. Entrer en conflit avec un pays bien armé doté du plus grand territoire au monde démontre un manque élémentaire de sens stratégique. Mais c’est pourtant ce que Washington tente de faire.

Washington essaie de provoquer une guerre avec la Russie, parce que Washington s’est engagé à appliquer la doctrine néoconservatrice qui veut que l’Histoire a choisi Washington pour exercer son hégémonie sur le monde. Les Etats-Unis sont le pays « exceptionnel et indispensable », la puissance Unique choisie pour imposer la volonté de Washington au monde.

Cette idéologie gouverne la politique étrangère américaine et exige la guerre pour la faire respecter. Dans les années 1990, Paul Wolfowitz a sanctuarisé la Doctrine Wolfowitz dans l’Armée et la politique étrangère des Etats-Unis. Dans sa forme la plus brutale, la Doctrine énonce :

« Notre premier objectif est d’empêcher la réémergence d’un nouveau rival, que ce soit sur le territoire de l’ex-Union Soviétique ou ailleurs, qui représente une menace de l’importance de celle constituée précédemment par l’ancienne Union Soviétique. C’est le principe dominant qui sous-tend la nouvelle défense stratégique régionale et qui exige que nous empêchions toute puissance hostile de dominer une région dont les ressources pourraient, sous un contrôle fédéré, être suffisantes pour faire émerger une puissance mondiale. »

En tant qu’ancien membre de la première Commission de la Guerre Froide sur le Danger Actuel (Cold War Committee on the Present Danger), je peux expliquer ce que ces mots signifient. La « menace constituée précédemment par l’Union Soviétique » était la capacité de l’Union Soviétique de bloquer des actions unilatérales des Etats-Unis dans quelques endroits du monde. L’Union Soviétique représentait une contrainte pour l’action unilatérale des Etats-Unis, pas partout mais dans certains endroits. Cette contrainte exercée sur la volonté de Washington est considérée comme une menace.

Une « puissance hostile » est un pays menant une politique étrangère indépendante, tel que les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) l’ont proclamé. L’Iran, la Bolivie, l’Equateur, le Venezuela, l’Argentine, Cuba et la Corée du Nord ont également proclamé une politique étrangère indépendante.

C’est trop d’indépendance au gré de Washington. Comme l’a déclaré récemment le Président russe Vladimir Poutine : « Washington ne veut pas de partenaires. Washington veut des vassaux. »

La doctrine Wolfowitz exige que Washington se passe des gouvernements qui ne se soumettent pas à sa volonté. C’est un « premier objectif ».

L’effondrement de l’Union Soviétique a eu comme conséquence de voir Boris Eltsine devenir le président d’une Russie démembrée. Eltsine était une marionnette docile des Etats-Unis. Washington s’est accoutumé à son nouveau vassal et s’est plongé dans ses guerres au Moyen-Orient, en s’attendant à ce que Vladimir Poutine continue à se comporter en vassal.

Néanmoins, lors de la 43ème Conférence de Munich sur la Politique de Sécurité, Poutine a déclaré : « J’estime que le modèle unipolaire est non seulement inacceptable mais également impossible dans le monde d’aujourd’hui. »
Poutine a poursuivi en disant : « Nous assistons à un dédain grandissant pour les principes de base de la loi internationale. Et les normes juridiques indépendantes, de fait, évoluent de plus en plus vers le système juridique d’un seul pays. Un état et, bien sûr, tout d’abord et essentiellement les Etats-Unis, a franchi ses frontières nationales dans tous les domaines. On le constate dans toutes les politiques, économique, politique, culturelle et éducative qu’il impose à d’autres nations. Eh bien, qui aime cela ? Qui est heureux de cela ? »

Lorsque Poutine a lancé ce défi fondamental à la puissance Unique des Etats-Unis, Washington était préoccupé par son manque de réussite dans les invasions de l’Afghanistan et de l’Irak. La mission n’était pas remplie.

En 2014 il était entré dans les crânes épais de nos dirigeants à Washington que pendant qu’ils faisaient exploser des mariages, des enterrements, des anciens sages des villages et des enfants jouant au football au Moyen-Orient, la Russie s’était affranchie du contrôle de Washington et présentait un formidable défi à la puissance Unique de Washington. Poutine et la Russie en ont eu assez de l’arrogance de Washington.

La montée en puissance indiscutable de la Russie a provoqué un changement dans la focalisation de Washington qui est passée du Moyen-Orient aux vulnérabilités de la Russie. L’Ukraine, longtemps une partie intégrante de la Russie et plus tard de l’Union Soviétique, avait été séparée de la Russie à la suite de l’effondrement soviétique en raison de manœuvres de Washington. En 2004, Washington avait essayé de récupérer l’Ukraine lors de la Révolution Orange, qui n’a pas permis à l’Ukraine de tomber entre les mains de Washington. En conséquence, selon la Secrétaire-adjoint du Département d’Etat Victoria Nuland, Washington a dépensé 5 milliards de $ au cours de la décennie suivante pour développer des ONG qui pourraient être appelées à manifester dans les rues de Kiev et faire émerger des dirigeants politiques qui pourraient représenter les intérêts de Washington.

Washington a démarré son coup d’état en février 2014 en orchestrant des « manifestations » qui, ajoutées à la violence, a eu comme conséquence le renversement et la fuite du gouvernement démocratiquement élu de Viktor Ianoukovytch. En d’autres termes, Washington a détruit la démocratie dans un nouveau pays par un coup d’état avant que la démocratie ne puisse s’y implanter.

La démocratie ukrainienne ne signifiait rien pour Washington dans son intention de se saisir de l’Ukraine dans le but de poser un problème de sécurité à la Russie et également pour justifier de sanctions contre « l’agression russe » afin de rompre les relations croissantes économiques et politiques de la Russie avec l’Europe.

Après s’être lancé dans cette agression téméraire et irresponsable d’une puissance nucléaire, Washington peut-il manger son chapeau et faire marche arrière ? Les médias de masse contrôlés par les néoconservateurs le permettraient-ils ? Le gouvernement russe, approuvé par 89% du peuple russe, a dit clairement que la Russie refusait le statut de vassal en contrepartie de faire partie de l’Occident. L’implication de la doctrine Wolfowitz serait que la Russie doit être détruite.


Cela implique notre propre destruction.

Que peut-on faire pour rétablir la paix ? Il est évident que l’UE doit sortir de l’OTAN et déclarer que Washington représente une plus grande menace que la Russie. Sans l’OTAN, Washington n’a pas de soutien pour son agression et pas de bases militaires pour encercler la Russie.


C’est Washington, non la Russie, qui a une idéologie du « über alles ». Obama a endossé la prétention néoconservatrice que « l’Amérique est un pays exceptionnel ». Poutine n’a pas émis une telle prétention pour la Russie. La réaction de Poutine à la prétention d’Obama a été que « Dieu nous a créés égaux ».

Afin de rétablir la paix, les néoconservateurs doivent être évincés des postes de contrôle de la politique étrangère au gouvernement et dans les médias. Cela signifie que Victoria Nuland soit évincée du poste de Secrétaire-adjoint au Département d’Etat, que Susan Rice doit être évincée de son poste de Conseiller à la Sécurité Nationale, et que Samantha Power soit évincée de son poste d’ambassadeur aux Nations-Unies.

Les néoconservateurs fauteurs de guerre doivent être évincés de Fox News, de CNN, du New York Times, du Washington Post, et du Wall Street Journal, et ces propagandistes de la guerre remplacés par des voix indépendantes.

Il est évident que rien de tout cela ne va se produire, mais il le faut pourtant si nous voulons échapper à l’armageddon.

Cette recette pour la paix et la prospérité est saine. La question est : pouvons-nous la mettre en œuvre ?






                       
Le Dr. Paul Craig Roberts était Secrétaire-adjoint au Département du Trésor, responsable de la Politique Economique et corédacteur du Wall Street Journal. Il a été éditorialiste pour Business Week, Scripps Howard News Service, et Creators Syndicate. Il a occupé divers postes universitaires. Ses éditoriaux sur internet ont attiré un lectorat mondial. Les derniers livres de Roberts sont The Failure of Laissez Faire Capitalism and Economic Dissolution of the West (L’échec du capitalisme du laissez-faire et la dissolution économique de l’Occident) et How America Was Lost (Comment l’Amérique a été perdue).

PaulCraigRoberts.org <newsletter@paulcraigroberts.org>

Translator: Patrick T.


No comments:

Post a Comment

PUTIN FRENCH

putin

VLADIMIR SOLOVYOV WORLD ORDER

PRESIDENT

lie we live

pt

xmas





“Glory to God in the highest,

and on Earth

Peace, Good Will toward men.”

This Christmas, Give Peace