Wednesday, February 3, 2016

Français -- L'Occident sur la pente de la ruine économique


Paul Craig Roberts



Michael Hudson est le meilleur économiste au monde. En effet, je pourrais presque dire qu'il est le seul véritable économiste au monde. Presque tous les autres sont des néolibéraux, qui ne sont pas économistes mais des complices pour des intérêts financiers.

Si vous n'avez jamais entendu parler de Michael Hudson, cela démontre simplement la puissance de la Matrice. Hudson aurait du gagner plusieurs prix Nobel d'économie, mais il n’en obtiendra jamais un seul.

Hudson n'avait pas l'intention d'être un économiste. À l'Université de Chicago, qui avait une faculté d'économie de premier plan, Hudson a étudié la musique et l'histoire culturelle. Il est allé à New York pour travailler dans l'édition. Il pensait qu'il pourrait se mettre à son propre compte lorsqu’on lui à attribué des droits sur les écrits et les archives de George Lukacs et Léon Trotsky, mais les maisons d'édition n’étaient pas intéressées par les écrits de deux marxistes juifs qui pourtant ont eu un impact significatif sur le 20e siècle…

Par relations, Hudson entra en contact avec un ancien économiste de General Electric qui lui enseigna l’essentiel sur les flux financiers dans le système économique et lui expliqua comment les crises se développent lorsque la dette devient trop lourde pour l'économie. Fasciné, Hudson s’inscrit alors dans un programme d'études supérieures d'économie à l'Université de New York et occupa un emploi dans le secteur financier pour calculer  comment l’épargne  est recyclée  dans de  nouveaux prêts immobiliers.

Hudson en a appris plus sur les réalités économiques par son expérience au travail que par les cours durant son doctorat. A Wall Street, il a appris comment les prêts bancaires gonflent les prix des terrains et, en conséquence sur les intérêts perçus par le secteur financier. Plus les banques prêtent, plus les prix immobilier sont en hausse, plus cela encourage ainsi des prêts bancaires. Plus les remboursements  sur les emprunts immobiliers  augmentent, plus une part importante du revenu des ménages (en plus de la valeur locative de l'immobilier) est reversée au secteur financier. Lorsque le déséquilibre devient trop grand, la bulle éclate. Malgré son importance, l'analyse de la rente foncière et l'évaluation des biens ne faisaient pas partie des études de son doctorat en économie.

Le poste suivant d'Hudson fut à la Chase Manhattan Bank, où il travailla sur les gains à l’exportation des pays d'Amérique du Sud pour calculer le montant de la dette maximale supportable que ces pays pouvaient se permettre de payer aux banques américaines. Hudson a appris que, tout comme les prêteurs immobiliers qui considèrent les revenus de location de biens comme un flux d'argent qui peut être détourné  pour régler les intérêts, les banques internationales considèrent que les recettes sur l'exportation des pays étrangers sont des recettes qui peuvent être utilisées pour payer les intérêts sur les prêts aux étrangers. Hudson a appris que l'objectif des créanciers est de capturer la totalité de l'excédent économique d'un pays en paiements des créances au service de la dette.

Bientôt, les créanciers américains et le FMI allaient prêter aux pays endettés de l'argent pour payer les intérêts. Cela a provoqué une augmentation considérable des dettes extérieures de ces pays par effet mécanique de l'intérêt composé (des obligations). Hudson a prédit que les pays endettés ne seraient pas en mesure de payer leurs dettes, une prédiction opportune qui a été confirmée lorsque le Mexique a annoncé qu'il ne pouvait pas payer. Cette crise a été résolue avec "Les obligations Brady" du nom du secrétaire d’Etat américain au Trésor Public, mais lorsqu’en 2008 la crise des prêts immobiliers américains a surgit, tout comme Hudson l’avait prédit, rien n'a été fait pour les propriétaires particuliers américains. Si vous n'êtes pas une méga-banque, vos problèmes ne sont pas dans le viseur de la politique économique américaine.

La tâche suivante d’Hudson à la Chase Manhattan fut de développer un logiciel d’analyse comptable pour analyser la balance des paiements de l'industrie pétrolière américaine. C’est là qu’ Hudson a appris une autre leçon sur la différence entre les statistiques officielles et la réalité. Grâce à l'utilisation de "prix de transfert", les compagnies pétrolières ont réussi à contourner le paiement  des impôts sur les sociétés en créant l'illusion de profits nuls. Des filiales des compagnies pétrolières dans les paradis fiscaux achètent du pétrole à bas prix en provenance des producteurs. A partir de ces pavillons de complaisance, qui ne paient  pas d'impôt de société sur les bénéfices, le pétrole est ensuite vendu aux raffineries occidentales à des prix de marché pour éliminer les profits en occident. Les bénéfices avaient déjà été enregistrés par les filiales des compagnies pétrolières dans les paradis fiscaux.

(Parfois, les autorités fiscales ont sévi concernant l'utilisation des prix de transfert et, dans une certaine mesure sur l’évasion fiscale des sociétés sur les bénéfices.)

Ensuite la nouvelle tâche d'Hudson fut d'estimer le montant de l'argent du crime qui entrait dans le système bancaire secret de la Suisse. Dans cette étude, son dernier poste  à la Chase, Hudson a découvert que sous la direction du Département d'Etat américain la Chase Manhattan Bank et d'autres grandes banques ont créé des filiales bancaires dans les Caraïbes dans l’objectif d'attirer l'argent des revenus des trafiquants de drogue en dollars dans le but de soutenir le dollar (pour augmenter la demande de dollars par des criminels) afin d'équilibrer ou de compenser les dépenses étrangères ou militaires de Washington D.C.  Si les dollars s’écoulaient en dehors les Etats-Unis, et que la demande sur le dollar n'augmentait pas pour absorber l’offre, le taux de change du dollar tomberait, menaçant ainsi le fondement de la puissance américaine. En instaurant des services bancaires offshores dans lesquels les criminels pouvaient déposer des dollars illicites (hors bilan), le gouvernement américain a maintenu le taux de change du dollar.

Hudson a découvert que le déficit de la balance des paiements américain, source de tensions sur la valeur du dollar américain, était entièrement d‘origine militaire. Le Trésor Public américain et le département d'État États-Uniens ont soutenu ce paradis fiscal des Caraïbes pour maintenir des profits illégaux afin de compenser l'impact négatif sur la balance des paiements américain des opérations militaires étatsuniennes à l'étranger. En d'autres termes, si la criminalité peut être utilisée pour soutenir le dollar américain, tout le gouvernement américain est criminel.

Lorsqu’ il en arriva à l’analyse économique de la situation, aucune piste ne parvenait à une théorie économique. Ni les flux commerciaux ni les investissements directs n’étaient importants dans la détermination des taux de change du dollar. Ce qui était important  et que Hudson découvrit, il le qualifia par euphémisme de « très chaud » c’était les «erreurs et omissions » ; c'est-à-dire l'argent liquide des trafiquants de drogue et,  les dirigeants gouvernementaux  détournant les recettes d'exportation de leurs propre pays.

Le problème pour les Américains c’est que les deux partis politiques considèrent les besoins du peuple américain comme une responsabilité et comme un obstacle pour le bénéfice du complexe militaro / sécuritaire, de Wall Street et des méga-banques, et ainsi de l'hégémonie de Washington dans le monde. Le gouvernement de Washington représente les d'intérêts de groupes puissants et non les citoyens américains. Voilà pourquoi le 21e siècle se caractérise par une atteinte aux  droits constitutionnels des citoyens pour que les citoyens puissent être écartés des besoins de l'Empire et de leurs bénéficiaires.

Hudson a appris que la théorie économique est vraiment un dispositif permettant                d’arnaquer la populace. La théorie du commerce international conclut que les pays peuvent supporter des dettes énormes simplement en abaissant les salaires domestiques  afin de payer les créanciers. Telle est la politique actuellement appliquée à la Grèce aujourd'hui, et cela a été le fondement de l'ajustement structurel de la dette ou des programmes d'austérité imposés par le FMI aux pays débiteurs, essentiellement une forme de pillage financier qui détourne les ressources nationales en faveur des prêteurs étrangers.

Hudson a appris que la théorie monétaire se préoccupe seulement des salaires et des prix à la consommation, et non pas avec l'inflation des prix des actifs tels que l'immobilier et les stocks. Il a vu que la théorie économique sert de couverture pour la polarisation de l'économie mondiale entre riches et pauvres. Les promesses de la mondialisation sont un mythe. Même la gauche et les économistes marxistes parlent de l'exploitation en termes de salaires et ne sont pas conscients que le principal instrument de l'exploitation soit l'extraction de valeur par le paiement des intérêts récurrents  au système financier.

La théorie économique négligeant  la dette comme un outil majeur de l'exploitation,  a incité Hudson à se pencher sur l'histoire et la façon dont les civilisations antérieures avaient traité l'accumulation de la dette. Sa recherche était si révolutionnaire que l'Université de Harvard l’a nommé chercheur-associé dans l'histoire économique de Babylone au musée Peabody.

Pendant ce temps, il a continué à être très recherché par les sociétés financières. Il a été embauché pour calculer le nombre d'années que l'Argentine, le Brésil, et le Mexique seraient en mesure de payer,  les taux d'intérêt extrêmement élevés sur leurs obligations. Sur la base du travail de l'Hudson en 1990, le Fonds Scudder a atteint le deuxième plus haut taux de rendement dans le monde.

Les investigations d'Hudson dans les problèmes actuels l'ont emmené à travers l'histoire de la pensée économique. Il a découvert que les économistes du 18e et 19e siècle avaient  compris la puissance mutilatrice de la dette beaucoup mieux que les économistes néolibéraux d'aujourd'hui qui la négligent essentiellement afin de mieux satisfaire aux intérêts du secteur financier.

Hudson démontre que les économies occidentales ont été financiarisées de manière prédatrice,  qui sacrifie l'intérêt du public aux intérêts du secteur financier. C’est la raison pour laquelle l'économie ne fonctionne plus pour les gens ordinaires. La finance rapporte plus. Elle est devenu un parasite sur l'économie. Hudson raconte cette histoire dans son livre récent, « Tuer l'hôte » (2015).

Les lecteurs me demandent souvent comment ils peuvent apprendre l'économie. Ma réponse est de passer de nombreuses heures à lire le livre de Hudson. Tout d'abord, lire le livre en diagonale une ou deux fois afin d'obtenir une idée de ce qu’il recouvre. Puis l'étudier de près, chapitre  par  chapitre. Quand vous comprenez le livre, vous comprendrez l'économie mieux que tout lauréat du prix Nobel en économie.

Traiter cet éditorial  comme une introduction à son ouvrage. J’en écrirai plus lorsque les événements actuels et le temps me le permettront. En ce qui me concerne, de nombreux événements actuels ne peuvent être compris indépendamment de l'explication d'Hudson sur  l'économie financiarisée de l'Occident. En effet, comme la plupart des économistes Russes et Chinois sont eux-mêmes formés à l'économie néolibérale, ces deux pays pourraient suivre le même chemin vers le bas comme l'Occident.

Si vous apposez l'analyse d'Hudson sur  la financiarisation avec mon analyse de l'impact négatif de la délocalisation des emplois, vous comprendrez que le chemin économique actuel du monde occidental est le chemin de la destruction.

Article imprimé à partir PaulCraigRoberts.org:  



Traduction  française : Jean Louis rev Isabelle

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