Tuesday, July 21, 2015

Français -- La leçon de la Grèce à destination de la Russie – Paul Craig Roberts

La leçon de la Grèce à destination de la Russie –
Paul Craig Roberts, 
le 17 juillet 2015




« La dette grecque ne peut être soutenable qu’à travers des mesures d’allègement qui vont bien au-delà de ce que l’Europe envisage jusqu’ici. » 
 Fonds Monétaire International

La leçon de la Grèce pour la Russie, la Chine et l’Iran, est d’éviter toute relation financière avec l’Occident. Justement, on ne peut pas faire confiance à l’Occident. Washington est déterminé à exercer son hégémonie économique et politique sur chaque pays qui utilise le système financier occidental en gelant leurs actifs, les confisquant et en imposant des sanctions. Les pays qui mènent des politiques étrangères indépendantes (non alignés) et qui ont également des actifs en Occident ne peuvent s’attendre à ce que Washington respecte leurs droits de propriété ou leurs propriétaires. Washington gèle ou spolie les actifs des pays, ou comme dans le cas de la France, impose des amendes de plusieurs milliards de dollars afin qu’ils se conforment à la politique de Washington. L’Iran, par exemple, a perdu 100 milliards de $, soit près du quart du PNB iranien, pendant des années, simplement parce que l’Iran tenait à faire respecter ses droits en vertu du Traité de non-prolifération.


Les journalistes russes me demandent si la volonté d’Obama de parvenir à un accord avec l’Iran signifierait qu’un accord puisse être conclu avec l’Ukraine. La réponse est non. De plus, comme je vais l’expliquer après, l’accord avec l’Iran ne signifie pas grand-chose en ce qui concerne Washington.

Il y a trois jours (le 14 juillet) un officier de haut rang, le général Paul Selva, le troisième en trois jours, a affirmé au Sénat que la Russie représentait  « une menace existentielle pour cette nation (les Etats-Unis) ». Quelques jours auparavant, le Sénat avait entendu le même son de cloche de la part du commandant Joseph Dunford des Marines et de la part du Secrétaire de l’Air Force. Quelques jours encore avant cela, le Chef de l’Etat-major interarmées avait averti d’une « menace hybride » Russe.

Washington s’investit énormément à utiliser l’Ukraine contre la Russie. Tous les conflits là-bas trouvent leur origine dans le gouvernement fantoche que Washington a installé à Kiev. Toute la faute est rejetée sur la Russie, y compris la destruction de l’avion de ligne de la Malaysian Airlines. Washington a utilisé de fausses accusations pour amener l’UE à décider de sanctions contre la Russie, et qui ne sont nullement dans l’intérêt de l’UE. Comme Washington a réussi à inciter toute l’Europe à porter atteinte aux relations politiques et économiques avec la Russie et à entrer en conflit avec la Russie, il est évident que Washington ne va pas accepter un accord sur l’Ukraine. Même si Washington le voulait, comme toute sa position ne repose que sur de la propagande, cela serait se désavouer lui-même d’arriver à un accord.

Malgré tout, le président de la Russie et le ministre des affaires étrangères continuent de parler des Etats-Unis et des états européens lesquels sont des vassaux de Washington comme de « nos partenaires ». Peut-être que Poutine et Lavrov cultivent l’ironie. Ce qui est plus que certain de nos jours, c’est que Washington et ses vassaux ne sont pas des partenaires de la Russie.

La doctrine Wolfowitz, qui est le fondement de la politique étrangère et militaire américaine, affirme que la montée en puissance de la Russie ou de n’importe quel autre pays ne peut être permise, parce que les Etats-Unis sont l’unique superpuissance et, ils ne peuvent tolérer aucunes restrictions à leurs actes unilatéraux.

Aussi longtemps que cette doctrine sera prédominante à Washington, ni la Russie, ni la Chine, ni l’Iran, malgré l’accord sur le nucléaire, ne sont à l’abri. Aussi longtemps que l’Iran mènera une politique étrangère indépendante, les accords sur le nucléaire ne les protégeront pas, parce que tout conflit politique significatif avec Washington peut fournir de nouveaux prétextes à des sanctions.

L’accord nucléaire avec l’Iran entraîne le déblocage des 100 milliards de $ gelés dans les comptes de l’Occident. J’ai entendu hier un membre du Council on Foreign Relations (une des façades de la cabale, NdT.) suggérer que l’Iran devrait investir ses 100 milliards de $ dans des sociétés américaines et européennes. Si l’Iran le faisait, le gouvernement iranien s’exposerait à d’autres chantages. Investir où que ce soit en Occident signifie que les avoirs iraniens pourraient être gelés ou saisis à tout moment.

Si Obama pouvait éliminer Victoria Nuland, Susan Rice et Samantha Power (les égéries de la cabale au Département d’Etat, NdT.) et remplacer ces néoconservateurs par des diplomates avec un jugement sain, les perspectives seraient différentes. Alors, la Russie, la Chine et l’Iran auraient une meilleure chance de parvenir à un compromis avec les Etats-Unis dans des dispositions qui seraient autres que la soumission.

La Russie et la Chine, ayant réussi à sortir d’un système économique communiste médiocre, ont naturellement considéré l’Occident comme un modèle. Il semble que la Chine se soit convertie au capitalisme occidental sans retenue. La Russie l’a fait dans une moindre mesure, mais les économistes de ces deux pays sont les mêmes que les économistes néolibéraux, ce qui signifie qu’ils sont sans le savoir des serviteurs de l’impérialisme financier occidental. En pensant de façon erronée qu’ils respectent le jeu de l’économie de marché, ils font en fait le jeu de l’hégémonie de Washington.

Avec la libération de la règlementation du commerce ; qui a commencé sous le régime de Clinton, le capitalisme occidental a connu un dysfonctionnement social. Aux Etats-Unis et dans tout l’Occident, le capitalisme occidental n’agit plus en faveur du peuple. Le capitalisme est au service des actionnaires et dirigeants du capital et de personne d’autre.

C’est pourquoi l’inégalité des revenus aux Etats-Unis est maintenant aussi importante, voire pire que durant la période des « barons brigands » des années 1920. La réglementation des années 1930, qui a fait du capitalisme un système économique qui fonctionnait, a été abrogée. Aujourd’hui le capitalisme du monde occidental a laissé la place à la prédation (vautours). Le capitalisme n’exploite pas seulement la main-d’œuvre, le capitalisme pille des pays entiers, tels que la Grèce qui est forcée par l’UE de brader ses richesses nationales au profit d’acquéreurs étrangers.

Avant que Poutine et Lavrov n’utilisent à nouveau le terme nos « partenaires américains », ils devraient réfléchir au manque de bonnes pratiques de l’UE envers la Grèce. Quand un membre de l’UE est lui-même pillé et mis à terre par ses compatriotes Européens, comment la Russie, la Chine et l’Iran pourraient-ils s’attendre à un meilleur traitement ? Si l’Occident ne fait pas preuve de bonnes pratiques de droit, envers la Grèce, où seraient les bonnes pratiques envers la Russie ?

Le gouvernement grec a été forcé de capituler devant l’UE, malgré le soutien qu’il avait obtenu par le référendum, parce que les Grecs ont fait confiance aux bonnes pratiques de leurs partenaires Européens et ont sous-estimé le mensonge du 1 % Pourcent. Le gouvernement grec ne s’attendait pas à l’attitude impitoyable des gouvernements de leurs partenaires de l’UE. Le gouvernement grec pensait que l’analyse des experts sur la dette et l’économie grecque pèserait dans leur négociation. Le résultat a privé le gouvernement grec d’un plan B de rechange. Le gouvernement grec ne s’est pas donné la peine d’étudier la manière de quitter l’euro et de mettre en place un système monétaire et bancaire indépendant de l’Euro. Le manque de préparation pour la sortie de l’euro a laissé le gouvernement grec sans alternative face aux exigences de l’UE.

La fin de la souveraineté de la Grèce au niveau fiscal, est ce qui attend l’Italie, l’Espagne et le Portugal, et en définitive la France et l’Allemagne. Comme l’a déclaré Jean-Claude Trichet, l’ancien dirigeant de la Banque Centrale Européenne, la crise de la dette souveraine avait montré qu’il était temps de faire évoluer l’Europe au-delà d’un « strict concept des Nations ». La prochaine étape de la centralisation de l’Europe est une centralisation politique. La crise de la dette grecque est utilisée pour instaurer le principe qu’être un membre de l’UE signifie que le pays a perdu sa souveraineté.

La notion qui prévaut dans les médias financiers occidentaux, qu’une solution a été imposée aux Grecs est une absurdité. Rien n’a été réglé. Les conditions auxquelles le gouvernement grec s’est soumis rendent le paiement de la dette encore plus improbable. Dans peu de temps le problème se reposera. Comme John Maynard Keynes l’avait mis en évidence en 1936 et comme tout économiste le sait, faire baisser les revenus des consommateurs en faisant des coupes dans les retraites, les salaires et les services sociaux, réduit la demande de biens de consommation et de l’investissement et en conséquence le PNB, ce qui entraîne de plus grands déficits qui doivent être comblés par des emprunts. La vente d’actifs publics à des étrangers transfère les flux de revenus de l’économie grecque entre des mains étrangères.

Le capitalisme libéral non réglementé a prouvé au 21ème siècle qu’il était incapable de produire de la croissance économique où que ce soit en Occident. Par conséquent le revenu médian des familles ne fait que décliner. Les gouvernements dissimulent ce déclin en sous-estimant l’inflation et en ne comptabilisant pas comme chômeurs les travailleurs découragés qui, incapables de trouver du travail, ont cessé d’en chercher. En ne tenant pas compte de ces travailleurs découragés, les Etats-Unis peuvent afficher un taux de chômage de 5,2 pourcent. Si l’on comptait ces travailleurs découragés, le taux de chômage grimperait à 23,1 pourcent. Un taux de 23 pourcent de chômage n’a rien à voir avec une reprise économique.

Même la terminologie utilisée en Occident est trompeuse. Le « sauvetage » grec ne sauve pas la Grèce. Le plan de sauvetage est destiné à sauver les actionnaires de la dette grecque. Beaucoup de ces actionnaires ne sont pas les créanciers de la Grèce à l’origine. Ce que fait le « sauvetage » c’est de rembourser les parieurs c à d les fonds spéculatifs de New York sur la dette grecque. L’argent du sauvetage ne va pas à la Grèce mais bien à ceux qui ont spéculé sur le fait que la dette grecque allait être remboursée. Selon des informations des médias, l’assouplissement quantitatif de la BCE a été utilisé pour lui permettre d’acheter de la dette grecque aux créanciers en difficulté détenteurs des emprunts (CDS), afin que la dette ne soit plus un problème pour ces créanciers.

La Chine ne semble pas au courant du risque d’investir aux Etats-Unis. Les nouveaux riches chinois achètent à tout va dans des zones résidentielles en Californie, oubliant l’expérience des américains d’origine japonaise qui ont été détenus dans des camps de détention lors de la guerre de Washington contre le Japon. Les entreprises chinoises achètent des entreprises américaines et des gisements de minerais aux Etats-Unis. Ces acquisitions rendent la Chine vulnérable au chantage en cas de différends sur la politique étrangère.

La « mondialisation » qui est mise en avant en Occident est incompatible avec la politique unilatérale de Washington. Aucun pays disposant d’actifs du système occidental ne peut se permettre de divergences politiques avec Washington. Une banque française (BNP) a payé 9 milliards de $ pour avoir désobéi aux directives de Washington sur ses pratiques en matière de prêts, parce que sinon elle perdait sa licence pour exercer aux Etats-Unis. Le gouvernement français a été incapable d’empêcher que la banque ne soit rançonnée par Washington.

C’est le témoignage de l’insouciance de notre époque, que l’incompatibilité absolue de la mondialisation avec la politique unilatérale américaine, soit passée inaperçue.



Le Dr. Paul Craig Roberts était Secrétaire-adjoint au Département du Trésor Public responsable de la Politique Economique et corédacteur du Wall Street Journal. Il a été éditorialiste pour Business Week, Scripps Howard News Service, et Creators Syndicate. Il a occupé divers postes universitaires. Ses éditoriaux sur internet ont attiré un lectorat mondial. Les derniers livres de Roberts sont The Failure of Laissez Faire Capitalism and Economic Dissolution of the West (L’échec du capitalisme du laissez-faire et la dissolution économique de l’Occident) et How America Was Lost (Comment l’Amérique a été perdue).


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